Plateau d'Abomey

Ancienne capitale du royaume du Dahomey, le plateau d'Abomey conserve ses palais UNESCO, ses ateliers d'appliquéristes et de forgerons, et ses couvents vodun en activité.

Le plateau d'Abomey s'étend sur les terres latéritiques du sud du Bénin, à 140 kilomètres au nord de Cotonou par la route de Bohicon. Nous y conduisons nos voyageurs en deux heures et demie depuis la côte, en remontant vers un paysage de savane arborée parsemée de palmiers à huile, de manguiers et de fromagers. L'altitude reste modeste, autour de 220 mètres, mais l'air y est sensiblement plus sec qu'à Cotonou, surtout entre décembre et février, quand l'harmattan apporte une poussière chaude venue du Sahel.

Abomey fut la capitale du royaume du Dahomey du XVIIe siècle jusqu'à sa chute en 1894 face aux troupes du général Dodds. Douze rois fon s'y sont succédé, de Houégbadja à Béhanzin, chacun ayant fait bâtir son propre palais en banco à l'intérieur d'une enceinte qui couvrait 44 hectares. Aujourd'hui, les palais de Ghézo et Glélé, classés à l'UNESCO depuis 1985, abritent le Musée Historique d'Abomey. On y voit les bas-reliefs polychromes qui racontent les guerres et les emblèmes royaux, le trône du roi Ghézo posé sur quatre crânes d'ennemis, et les tentures appliquées qui étaient un monopole de la cour. La visite, que nous faisons accompagner d'un guide formé par le musée, prend environ deux heures.

Mais le plateau ne se résume pas à ses palais. Bohicon, à 8 kilomètres au sud, est le poumon économique de la zone, avec sa gare ferroviaire de l'ancien Bénin-Niger et son grand marché de produits vivriers. C'est aussi le pays des artisans héritiers de la cour : les forgerons du quartier Houndjro travaillent encore le fer selon des techniques transmises depuis les sabres royaux, les tisserands produisent les pagnes kente sur métiers à bandes étroites, et les familles d'appliquéristes du quartier Hountondji cousent toujours les drapeaux symboliques de chaque roi. Nous organisons des rencontres directes dans ces ateliers, qui sont souvent le moment le plus marquant du séjour pour nos voyageurs.

Le plateau est le berceau de la culture fon et de la spiritualité vodun, qui n'est pas une curiosité folklorique mais une pratique quotidienne. Les couvents vodun de la région d'Abomey, de Cana et de Zagnanado initient encore des adeptes, et les fêtes des divinités rythment le calendrier. À Cana, à 12 kilomètres à l'est, se trouve le palais de campagne des rois, moins visité mais où l'on comprend mieux l'organisation territoriale du royaume. La rivière Couffo, qui borde le plateau à l'ouest, alimente une agriculture de maïs, de manioc et d'igname qui reste le mode de vie dominant en dehors des bourgs.

Côté table, le plateau est celui de l'amiwo, une pâte de maïs rouge cuite à la tomate et au piment, servie avec du poulet braisé ou du poisson fumé. Le wagasi, un fromage peul vendu en boules orange sur les marchés, accompagne souvent les sauces. Le marché Houndjro d'Abomey se tient tous les quatre jours selon le calendrier traditionnel, et il vaut mieux le caler dans son programme : c'est là que convergent les producteurs des villages de Djidja, Agbangnizoun et Zogbodomey, et l'on y trouve les ingrédients du vodun, racines, calebasses, poteries, à côté des tomates et des oignons.

Le plateau d'Abomey est l'étape qui donne sa profondeur historique à un voyage au Bénin. Sans elle, on ne comprend ni l'organisation politique qui a permis la traite atlantique depuis Ouidah, ni la résistance qui a précédé la colonisation, ni la vitalité actuelle des cultes vodun. C'est aussi une région de plain-pied avec son présent, où l'artisanat n'est pas une reconstitution mais un métier.

À découvrir

Palais royaux d'Abomey. Les enceintes en banco des rois Ghézo et Glélé, avec leurs bas-reliefs polychromes racontant les guerres du Dahomey et la salle des trônes du musée. Compter deux heures avec un guide formé sur place.

Ateliers de Hountondji et Houndjro. Les familles d'appliquéristes cousent les drapeaux symboliques des douze rois, les forgerons martèlent encore le fer selon les techniques héritées des armes de cour. Visites possibles dans les ateliers familiaux.

Marché Houndjro tous les quatre jours. Le grand rendez-vous des villages du plateau, où les ingrédients du vodun voisinent avec les sauces de tomate et les boules de wagasi peul. À caler selon le calendrier traditionnel.

Palais de Cana et région de Zagnanado. À 12 kilomètres à l'est d'Abomey, la résidence de campagne des rois fon et les couvents vodun encore actifs, loin des circuits classiques. Une lecture territoriale du royaume.

Cuisine du plateau. L'amiwo, pâte de maïs rouge cuite à la tomate et au piment, servi avec du poulet braisé ou du poisson de la Couffo. Nous organisons des déjeuners chez l'habitant à Bohicon.

Quand y aller

Nous recommandons la période de novembre à février pour visiter le plateau d'Abomey. C'est la saison sèche, avec des températures de 24°C la nuit et 33°C en journée, et l'harmattan qui rafraîchit les soirées tout en chargeant l'air de poussière. La visibilité sur les bas-reliefs des palais est meilleure, et les pistes vers les villages d'artisans restent praticables sans difficulté.

La grande saison des pluies s'étend de mi-mars à mi-juillet, avec des cumuls qui dépassent 150 millimètres en juin. Les averses sont brèves mais intenses, surtout en fin d'après-midi, et certaines pistes secondaires deviennent boueuses. Une petite saison des pluies revient en septembre-octobre. Nous évitons de programmer le plateau en juin, non pour les pluies elles-mêmes mais pour l'humidité ambiante qui rend les visites pénibles. En revanche, juillet-août restent jouables, avec des accalmies fréquentes et une végétation très verte.

Conseils pratiques

Deux jours et une nuit sur place suffisent pour visiter sérieusement les palais, rencontrer deux ou trois familles d'artisans et inclure Cana ou un couvent vodun. Pour qui veut prendre le temps des marchés et des villages alentour, trois jours donnent une vraie respiration. Le point d'entrée logistique reste l'aéroport de Cotonou, d'où nous organisons le transfert par la route bitumée RNIE2, en deux heures et demie. L'hébergement à Abomey et Bohicon se situe dans des auberges et hôtels de catégorie simple à moyenne, propres et accueillants mais sans luxe : c'est une étape culturelle, pas une étape de villégiature.

Le plateau d'Abomey s'articule naturellement avec la Côte et lagunes pour la séquence historique Ouidah-Abomey, qui retrace la traite atlantique et le royaume qui l'a alimentée. Vers le nord, il ouvre la route des Collines et centre puis de l'Atakora et pays Betammaribé, à six heures de route, pour les voyageurs qui poussent jusqu'au Parc de la Pendjari. Cette région s'adresse aux voyageurs curieux d'histoire, de spiritualité et d'artisanat vivant, davantage qu'aux amateurs de paysages spectaculaires ou de faune.

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